PIERRE
ET JEAN
Maupassant,
1888
La
demande en mariage (chapitre 6)
Ce texte est un extrait du roman
naturaliste Pierre et Jean de Maupassant, roman
publié en 1888.
Situation du passage :
-
Après
l'annonce de l'héritage. Objectif de la journée : partie de pêche pour fêter
l'installation de Jean
-
Après l'épisode
du portrait : Pierre a désormais la certitude de ce qui s'est passé.
Ici, jean dévoile son amour à Mme
Rosémilly puisqu'il veut l'épouser. Nous assistons là à la réaction de
celle-ci.
LECTURE
ANNONCE DES AXES
1- Une scène de demande en mariage étrange,
décalée par rapport aux conventions romanesques habituelles
2- Une critique du mariage
1-
UNE SCENE DE DEMANDE EN MARIAGE ETRANGE, DECALEE PAR RAPPORT AUX CONVENTIONS
ROMANESQUES HABITUELLES
A. Une inversion des rôles
Traditionnellement
la demande est assurée par les hommes, or ici les rôles sont inversés : «je suppose naturellement que vous désirez
m'épouser» (l. 9-10) à c'est Mme Rosémilly qui formule
elle-même la demande. Or à la ligne précédente, Jean n'a parlé que d'amour : «vous vous décidez aujourd'hui à me déclarer
votre amour» (l. 8)
C'est elle qui
mène la conversation
-
Elle pose les
questions et induit les réponses à elle met en place le contrat
-
Elle parle
pour deux : «vous / je» (l. 4), «l'un et l'autre» (l. 6), «nous»
C'est elle qui
littéralement demande la main : «Elle lui
tendit sa main encore mouillée» (l. 17)
Contrairement
à l'idée de l'époque, selon laquelle dans ce genre de situation l'homme agit
avec raison et la femme avec frivolité, ici, les rôles sont également inversés.
Cf. fin du texte :
-
Elle = «si peu troublée, si raisonnable» (l. 27)
-
Lui = «coquette comédie» (l. 29)
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Adjectif féminin
En
plus de l'inversion des rôles, les personnages ont des caractères opposés.
B. Deux caractères opposés
Raison / trouble
Mme Rosémilly apparaît comme une femme
de tête qui impose son jugement
Cf. verbes d'estimation et de prise de
décision : «savons» (l. 5), «pouvons peser toutes les conséquences»
(l. 6-7), «décidez» (l. 8), «suppose» (l. 9), «désirez m'épouser» (l. 9-10) à elle fait
preuve d'un raisonnement froid
Jean,
lui, semble troublé et pris au dépourvu :
-
«il répondit niaisement» (l. 12), «il s'étonnait» (l. 26)
-
Répétition de
"s'attendre à" : «Il ne
s'attendait guère» (l. 11) et «Il
s'attendait à des gentillesses galantes, (…)» (l. 27-28) à
cette expression montre bien ce à quoi s'attendait Jean
Rapide / prend son temps
Mme Rosémilly
-
interrompt les
effusions : «vous n'êtes plus un enfant»
(l. 4)
-
résume la
situation : «nous savons fort bien l'un et
l'autre» (l. 5-6)
-
va directement
au but avec la demande en mariage
Alors que Jean entend traîner un petit
peu et profiter du moment présent
-
Rythme
ternaire qui évoque la volonté du personnage (l. 27-30)
-
Décalage de la
fin : «Et c'était fini» (l. 30-31)
-
rythme long de
la phrase précédente qui est rompu par la brièveté de ce terme
-
discours
direct qui montre bien la pensée de Jean
Réserve / élan
Jean est du côté enthousiaste comme le
montrent certaines expressions :
-
«avec élan» (l. 18)
-
«Oh !» (l. 22) à
lié à l'interrogation rhétorique qui suit
-
Répétition du verbe "aimer"
(l. 23)
-
Verbe «désirait» (l. 24) verbes de sentiment
Tous ces termes montrent la sincérité
enthousiaste du personnage.
D'un
autre côté, Mme Rosémilly apparaît beaucoup plus forte à
«Je vous crois bon et loyal» (l.
19-20)
à
On a ici une scène totalement décalée, avec des personnages mal assortis, qui
traduit implicitement l'idée que le narrateur se fait du mariage.
TRANSITION
Implicitement, par la manière dont il
rapporte l'événement, le narrateur porte un regard critique sur l'amour et sur
le mariage.
2-
UNE CRITIQUE DU MARIAGE DE LA PART DU NARRATEUR
A. L'absence de tendresse
Les personnages
sont très distants : ce sont deux étrangers l'un pour l'autre : «côte à côte, les pieds pendants» (l.
2-3) : leur attitude est un peu ridicule
Dans Pierre
et Jean, l'eau est souvent symbole de désir. Ex : Jean rêvant d' «une coquette comédie d'amour mêlée à la
pêche, dans le clapotement de l'eau» (l. 29-30). Or, la situation, ici, est l'exact inverse
: les deux personnages s'éloignent symboliquement de l'eau au moment où leur
amour devrait culminer (l. 1-2)
L'échange
verbal est limité au minimum :
-
«Mon cher ami» (l. 4) est le seul terme
affectif, encore que très distant
-
«Ils se turent» (l. 26), «en vingt paroles» (l. 31) montrent bien
la brièveté de l'échange
B. Des préoccupations bourgeoises surtout de la part de Mme Rosémilly
Il y a de sa
part un refus des jeux amoureux : «je ne
suis pas une jeune fille» (l. 5)
Elle utilise
le vocabulaire de la logique (relevé des lignes 5 à 10)
Elle se
préoccupe exclusivement de l'avis des parents Roland (4 des 7 répliques de la
conversation tournent autour de ce sujet : les citer)
La seule expression de
"sentimentalité" qu'elle manifeste pour Jean («Je vous crois bon et loyal» (l. 19-20) = sous-entendu : "vous
ferez un bon mari") montre bien cette idée très conventionnelle et peu
tendre du mariage et de l'amour.
C. Le mariage comme piège
En regard de la situation où se
trouvent les deux personnages (une partie de pêche), le lecteur a ici
l'impression que Jean est pris dans les filets de Mme Rosémilly : l'expression
«il se sentait lié, marié» (l. 31)
est assez explicite de ce point de vue.
C'est
comme si la proie que devait être pour lui Mme Rosémilly avait capturé le
pêcheur : «Et c'était fini» (l. 31).
Ceci
est très représentatif de la vision que Maupassant donne du mariage à travers
le livre.
à
Développer cela dans l'ouverture de la conclusion, en amorçant ainsi un thème
de discussion possible.
CONCLUSION
On
assiste à une scène de demande en mariage peu ordinaire. En effet nous avons pu
voir que les rôles des deux personnages étaient inversés, sans doute en raison
de leurs caractères opposés.
On a ici un texte qui est très
satirique sous son air froid et objectif puisque le mariage est évoqué ici par
Maupassant comme un piège et quelque chose qui conduit de toute façon les
personnages vers une impasse.
Fiche
Realisee par Anne-Laure