Beaumarchais (1732-1799)
Pierre-Augustin
Caron naît à Paris en 1732 rue Drouot. Fils d'un modeste horloger, il invente
un système ingénieux permettant de règler le mécanisme des montres. Malgré
l'intervention un horloger malhonnête
qui s'approprie l'invention, il rétablit la vérité, ce qui lui permet de
devenir horloger du roi.
Il achète en
1755 la charge de Sieur Francquenet, suite à la mort de sa femme amoureuse qui
a fait de Caron son successeur. Anobli en 1761, il devient monsieur de
Beaumarchais et achète une charge de secrétaire du roi. En 1763, il devient
lieutenant-général des chasses. Il est alors associé à Pâris-Duverney pour les
affaires.
En 1764, il
part défendre l'honneur de sa femme en Espagne et n'obtient qu'une sanction de
l'être importun.
En 1767, il
commence sa carrière dramatique avec Eugénie
puis reconnaît les idées de Diderot dans Le
négociant de Cyon. Ces pièces (drame) n'auront cependant aucun succès.
Il se marie
deux fois en 1767 et 1768 et devient deux fois veufs. Sa fortune est alors
assurée d'autant que Pâris-Duverney décédé lui a laissé une créance. Attaqué
par La Blache, il gagne tout d'abord le procès en 1772 mais, suite à une
altercation avec le duc de Chaulnes, il est enfermé à For-l'Eveque. Goezman en
profite pour rédiger un rapport contre Beaumarchais qui perd le procès révisé.
Pour se venger, Beaumarchais dénonce la corruption des juges et met l'opinion
publique de son côté (Mémoires). Le
parlement blâme alors Goesman et Beaumarchais qui sont privés de leur droit
civique.
Devenu agent
secret au service du roi, il est envoyé à Londres où il y rencontre Madame
Dubarry et le fameux chevalier travesti d'Eon. Il voyage également à Vienne.
Grand
séducteur, Mademoiselle de Willermollinz s'offre alors à lui pour l'aimer.
Il rentre à
Paris et entame une décennie triomphale avec Le Barbier de Séville en 1775 ramené en quatre Actes. En
1775, il devient trafiquant d'armes et fournit aux insurgés américains des
armes aux frais de la couronne.
Le nouveau
parlement annule le blâme contre La Blache. En 1776, Beaumarchais doit une
nouvelle fois gagner son procès.
Grand
admirateur de Voltaire, il fait rééditer son oeuvre intégrale à Kehl en 1783.
Joué en privé en 1784, Le Mariage de
Figaro obtient un grand succès mais sa représentation publique aura pour
conséquences l'arrestation de Beaumarchais. Libéré, Beaumarchais publie en 1792
La Mère Coupable pendant la
révolution. Mais il étale trop sa fortune, ce qui choque. Il veut aider les
révolutionnaires mais l'affaire des fusils le bloque en Hollande. Misérable, il
rentre à Paris en 1796 où il meurt trois ans plus tard dans l'ombre.
Le Barbier de Séville
En 1775, Le Barbier de Séville en 5 actes est un
échec; ramené en quatre actes, il obtient le succès.
Inspiré de L'Ecole des Femmes (), l'intrigue repose
sur l'amour du Comte (Horace) pour Rosine (Agnès). Celui-ci, épris de la
pupille de Bartholo (Arnold), va tout faire pour s'introduire dans la maison du
docteur et, grâce à l'aide de Figaro, personnage rajouté par Beaumarchais, va
épouser Rosine, pourtant promise à Bartholo. La fin est d'ailleurs similaire à
celle de L'Ecole des Femmes, sous le
nez du maître, ils se marient.
Beaumarchais
propose avec Figaro un personnage qui semble avoir la même vie que lui.
Figaro est
le maître de l'intrigue (cf Scapin). Il a une philosophie joyeuse, épicurien,
il profite de la vie comme Beaumarchais alors que tout a été raté.
C'est lui
qui gère la pièce, dans son génie, il compose des poêmes traditionnels. comme
le Dubois de Marivaux, il connaît la
pensée de tous. Figaro semble d'ailleurs extrêmement présent alors qu'il
n'apparaît que dans 15 scènes sur 44.
Contrairement
au Mariage de Figaro, le barbier est
un personnage vieux (il a une fille), gras, gros et embourgeoisé, ce qui
contraste avec l'intrigue du Mariage
qui suggère la jeunesse. Figaro a pour principal objectif de servir le comte
qui s'oppose à lui par sa jeunesses, sa richesse et sa beauté.
Figaro est
spirituel et énergique, il tire de l'humilité de la philosophie et du bon sens
de ses ori-gines. Il a le goût de la parole et des jeux de mot comme
Beaumarchais.
Les
relations Maître-Valet dans la pièce sont dirigées par Figaro un ancien valet
du Comte maintenant établi. Au début, le comte a un certain mépris pour Figaro
mais celui-ci ayant besoin du valet, la situation s'inverse; c'est Figaro qui
va mener l'intrigue comme Dubois dans Les
Fausses Confidences. Cette fois-ci, le valet est cependant intéressé mais
ce sont encore des relations traditionnelles. Les personnages sont complices et
rit entre eux sans que le comte s'en offusque. Beaumarchais se serre de
l'humour du comte pour limiter les critiques émises.
Satires des
Lettres et de l'injustice.
Acte I, scène 2: Le comte, Figaro
Dans la
scène 1, le Comte a expliqué qu'il suit passionnément Rosine depuis Madrid
parce-qu'elle est différente (exposition). Ici, Figaro arrive en musique, il
compose (culture). Ce valet est libre, ce qui influe sur son comportement.
Plan linéaire
l 1-4:
Question indirecte du Comte qui, après la réponse de Figaro va appeler son
discours.
l 4-26: le
récit de Figaro, son parcours spatial (à MAdrid et en Espagne) et temporel (du
passé vers le présent).
l 27-29:
commentaire des deux personnages
Les Retrouvailles
Le comte
prend de l'intérêt pour Figaro: "tu
ne me dis pas" et lui demande ce qui lui est arrivé. Figaro garde du
respect pour son ancien maître et l'appelle "excellence" ou "ancien
maître". L'épithète ancien nuance cependant, Figaro affirme sa
liberté.
Les deux
hommes sont heureux de se retrouver et Figaro va jusqu'à parler de son "bon ange" qui lui permet de
retrouver le comte en guise de réponse.
Le rythme
montre l'élan de Figaro, il prend longuement la parole sans qu'elle lui soit
donnée. Les indices de lieu et de temps vont nous montrer le parcours de
Figaro. Cette liberté d'expression permet la critique.
Le parcours initiatique de Figaro
Figaro rend
d'abord compte de ses échecs et de ses déceptions dans sa carrière d'homme de
lettre: "la république des lettres
était celle des loups". Il essaie alors d'écrire des pièces de
théâtre:
1/La République des Lettres
a-La satire
La
subordonnée complétive "que...restait" constitue le moteur
de la phrase. La conjonction "que"
marque un barrage qui montre le mauvais côté de la république des lettres. Mais
la complétive a un autre aspect satirique.
Figaro
dénonce tout d'abord la violence de cet
univers avec la métaphore: "les
loups". Mais il utilise également le champ lexical de la guerre pour
marquer cette violence: "armée...mépris...
acharnement...déchiqueter".
Ils sont
"les uns contre les autres"
et se détruisent entre eux.
Dans une
deuxième partie, il énumère les insultes attribuées aux gens de lettre: "insectes, moustiques, cousins, sritiques..."
avec des noms de parasytes. Mais la métaphore du parasyte est filée avec le verbe
"sucer" et la "substance". Il nous montre ainsi
l'aspect, la figure de cette république des lettres.
Le ridicule
ainsi attribué porte et sur les gens de lettre et sur les censeurs: "tout ce qui s'attache à la peau des
malheureux".
Figaro
s'attaque ensuite aux effets de cette République:
avec le
"mépris" et l'épithète
"risible", il nous montre
le manque de considération qu'on a pour les gens de lettre (ce ne sont pas les
écrivains). De toute façon, ils sont épuisés et n'ont plus rien à donner "le peu de substance qu'il leur restait"
et il est devenu impossible d'en devenir un.
b-Figaro et les lettres
Figaro de
met en scène dans l'univers des lettres. Il n' a pas su faire sa place et
illustre le fléau. Devenu "fatigué...dégouté...léger",
il énumère les conséquences dans un rythme ternaire avec gradation, elles sont
morales et matérielles:
morales:
Figaro est vidé d'inspiration, il est "fatigué",
il a perdu confiance en lui ("ennuyé
de moi"). Il est en plus "dégoûté
de..." et ne fait plus confiance à personne.
matérielles:
sa situation est catastrophique, il exprime avec une redondance binaire ses
déboires, il est "abîmé de dettes et
léger d'argent".
Figaro,
trompé par la République des lettres analyse donc la situation; lucide, il a pu
voir les défauts de cette société.
2/Figaro quitte Madrid
a-Figaro décide de partir
Figaro est
"convaincu", il a été
"voyant". Il a un esprit
rationnel et va réagir, il part donc: "j'ai
quitté". La lucidité de Figaro est traduite par une antithèse mise en
valeur par la symétrie de la phrase; il oppose ainsi l'"utile revenu du rasoir" aux "vains honneurs de la plume". Après
avoir vu l'inutilité et la dérision de l'écriture, le pragmatique et épicurien
Figaro a donc chooisi la situation de barbier qui lui permet de satisfaire ses
besoins financiers. L'accumulation des termes traduit en plus le dynamisme de
Figaro.
b-Le parcours spatial et le parcours
temporel
Figaro a
beaucoup bougé, il ne reste jamais en place, il va "dans une ville, dans l'autre". Les lieux de passage sont accumulés:
"Castilles...Estramadur".
Avec le
participe passé, on observe le passage de ce qu'il a subit à ce qu'il a fait.
Finalement, Figaro se rapproche de son arrivée à Séville, il passe du passé:
"ai quitté" au présent:
"bravant".
c-Le picarro
Le parcours
de Figaro est bien celui d'un Picarro (héros qui traverse différentes classes
de la société (il a été valet, écrivain, barbier).
Figaro est
jovial et optimiste malgré les situations qu'ils affrontent: il a été "emprisonné...blâ-mé". Il avance en
voyageur, son "bagage en sautoir"
nous montre la situation de l'aventurier. Figaro a tout vécu (cf Cacambo de Voltaire). Dans son
apprentissage, rien ne l'abat, il est "partout
supérieur aux événements". Le rythme des phrases et l'accumulation des
participes présent montrent d'ailleurs son enthousiasme. Il fait d'ailleurs des
jeux de mot en faisant "la barbe à
tout le monde", qui montrent son humeur. Avec bienveillance et "philosophie", il doit "supporter les mauvais", "se moquer des sots" et "braver les méchants" pour s'adapter
en plus à toutes ces situations.
Il finit en
disant qu'il est "prêt à servir"
son maître.
Les deux complices commentent
Le comte
admire la philosophie et la pensée du valet: "Qui t'a donné une philosophie aussi gaie ?" e le questionne.
Figaro fait alors la synthèse du récit et parle de son "habitude du malheur" obtenue à
l'issue de son parcours de Picarro. Il a choisi d'être optimiste, opposant
ainsi les infinitifs "rire"
et "pleurer". Cette
critique nous montre un homme nouveau, dynamique, fort et malin. Finalement, il
n'a rien, il est barbier mais il est heureux parce-qu'il a choisi de l'être.
Conclusion:
Dans cette
extrait, Beaumarchais nous propose un portrait de Figaro, le valet libre a pu
voyager, il est devenu apte à critiquer, la République des Lettres. Il
représente en fait l'homme bon au XVIII° siècle.